incapable de conscience
« qui est tout à fait incapable de conscience »
Ceci est, à première vue, en contradiction avec la notion de “perception-conscience”, mais, comme déjà dit ailleurs, notons que cela concerne le “signe de perception” et non l’inscription de la chose perçue.
Peut-être prêtons-nous à Freud des idées qu’il n’avait pas, mais on peut ici spéculer que “signe de perception” n’équivaut pas à l’image de ce qui est aperçu, mais d’abord à l’inscription d’une marque indiquant qu’il y a eu perception. Ce serait donc la trace primordiale dont le rôle est de dire : “il y a eu perception”, ce qui n’est pas sans évoquer la pensée de Lévinas, selon qui la seule chose que nous pouvons affirmer avec assurance ce n’est pas “je pense, donc je suis”, mais simplement “il y a”, sans pouvoir dire ce qu’il y a.
Nous touchons ici à une sorte de paradoxe. Freud dit de ces signes de perception qu’ils tout à fait incapables de conscience, pourtant ce sont les signes produits par un appareil de perception-conscience et, s’il est vrai qu’ils permettent d’affirmer qu’il y a, ce sont eux qui nous donnent obscurément le sens d’une réalité existante. Mais le paradoxe n’est qu’apparent: le signe lui-même, nous n’en serons jamais conscients puisqu’il fait partie de la fonction de perception conscience. Il est inconscient au même titre que sont inconscients les signaux neuronaux par lesquels nous activons tel ou tel muscle: nous savons le faire, mais nous ne serons jamais conscients de la cascade d’événements physiologiques qu’entraîne la décision de plier le bras, par exemple.
Notre appareil de perception conscience a, selon la même logique, besoin du signe qui dit qu’il y a perception pour amorcer la suite du traitement de la perception elle-même.
Mais on voit tout de suite qu’il faut compliquer le diagramme linéaire de Freud.
À ce premier stade en effet, ce ne sont pas les signes de perception (Wz) eux-mêmes qui deviennent inconscients (Ub). D’ailleurs, ils n’ont pas besoin de le devenir, puisqu’ils sont dits d’emblée incapables de conscience.
Le diagramme, nous le modifions pour aboutir à ceci:

Pc= appareil de perception; SPc=signe de perception; Ics=domaine inconscient descriptif;
R= domaine du refoulé; Pm=présentation de mot; Pcs/Cs=Préconscient-conscient.
En vert : domaine des images mnésiques;
en rouge : domaine des traces mnésiques.
Les neurones de perception produisent une image du perçu + un signe de perception. Tout cela est inconscient au sens descriptif seulement. Mais l’image du perçu (Ics) sera soumise à transcription (traduction), ce qui donnera une image Pcs/Cs lorsque la transcription s’adjoindra le produit d’une autre perception, l’image acoustique (Pm).
Nous avons ajouté cette Pm (= présentation de mot), puisque nous savons que pour Freud, l’ajout d’une présentation de mot est une condition essentielle du devenir préconscient-conscient.
Il est à remarquer que cette Pm est aussi le produit de la perception; idéalement, il aurait fallu la mettre à l’intérieur de l’ovale grise, mais cela aurait par trop compliqué le schéma.
Chose intéressante, cette position latérale de la perception auditive se retrouve dans le schéma de la deuxième topique de Freud (1923) où la perception acoustique semble se produire suivant un canal parallèle à la perception-conscience:

Schéma de l’appareil psychique proposé par Freud dans “Le moi et le ça” (1923)
Ce schéma peut tout à fait se concilier avec notre lecture de la lettre 52 et le diagramme que nous en avons tiré plus haut:

Conciliation des deux diagrammes ci-haut. En rouge les éléments du premier diagramme insérés dans celui de Freud (1923).